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20-12-2002

Les enfants de Conakry

Ils le virent décoller de l’aéroport.

L’avion, dans un bruit assourdissant, se souleva de la piste et alla s’éteindre dans l’épaisseur cotonneuse de gros nuages blancs.

« Fodé, il va où cet avion ? » demanda l’un des deux enfants.

« En Europe, Yoguine… répondit l’autre, songeur… je crois qu’il va en Europe… »

Ils restèrent là quelques minutes encore, à observer le ciel si plein de promesses. Leur cœur battait d’un même rythme pour la seule ville qu’ils connurent de leur courte vie… Conakry.

« J’ai faim, Fodé »

L’autre savait.

Toujours ils avaient eu faim. Hier encore, et aujourd’hui, et demain. Tous les jours, toutes les heures. « J’ai faim ».

Il serra son compagnon dans ses bras, puisqu’il est une nourriture qui ne coûte rien et qui apaise l’âme à défaut de soulager les douleurs lancinantes d’un estomac atrophié… tendresse…

« J’ai une idée, Yoguine… une idée fabuleuse. »

Le temps était en suspens… rien ne pressait jamais en Afrique.

« Demain, nous prendrons l’avion tous les deux. Nous irons en Europe. »

Les yeux de son protégé s’ouvrirent grands. Deux billes toutes rondes au milieu d’un visage anguleux.

« En Europe ? Mais… »

« Nous irons en Europe, Yoguine. Ce soir, nous ferons une lettre que nous donnerons aux responsables de ce grand continent. Ils doivent savoir, pour l’Afrique. Ils doivent savoir, pour les jeunes de notre pays. Et quand ils sauront, ils nous aideront. »

Le petit Yoguine observait Fodé, bouche bée. « En Europe… psalmodiait-il en pensée. En Europe ! ».

Il observait Fodé, impressionnant de détermination, le regard tendu vers les gros nuages blancs dans lesquels l’avion s’était engouffré. Il l’écoutait parler consciencieusement et sans faiblir, sûr de ce qu’il disait.

« J’ai vu qu’on pouvait se glisser dans le train d’atterrissage, Fodé. On peut le faire. Il y a de la place pour deux. On se tiendra chaud, lorsqu’on sera dans le ciel. Et après, en Europe, quand ils verront le courage que nous aurons eu, ils nous écouteront. Ils sauront que chez nous, dans notre beau pays, c’est la misère. Ils sauront pour nos écoles, ils sauront pour la guerre, et ils nous aideront. Ce sont de grands hommes, à qui Dieu a tout donné. Oui, ils nous aideront. »

Ils rentrèrent chez eux, plein d’espoir. Ils rêvaient, parlaient du fabuleux voyage qu’ils allaient faire, imaginaient toute l’aide que l’Europe allait leur apporter. Ils s’épaulèrent pour écrire une lettre aux responsables de l’Europe. Elle leur prit du temps, ils s’appliquèrent du mieux qu’ils purent et rédigèrent :

« Conakry, le 29-07-99.

Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe, nous avons l’honorable plaisir et la grande confiance pour vous écrire cette lettre pour vous parler de l’objectif de notre voyage et la souffrance de nous, les enfants et jeunes d’Afrique. Mais tout d’abord, nous vous présentons les salutations les plus délicieuses, adorables et respectées dans la vie. A cet effet, soyez notre appui et notre aide, soyez envers nous en Afrique, vous à qui faut-il demander au secours ?

Nous vous en supplions pour l’amour de votre beau continent, le sentiment de vous envers votre peuple, votre famille et surtout d’affinité et l’amour de vos enfants que vous aimez comme la vie. En plus, pour l’amour et l’amitié de notre créateur, Dieu, le Tout-Puissant, qui vous a donné toutes les bonnes expériences, richesses et pouvoir de bien construire et bien organiser notre continent à devenir le plus beau et admirable ami les autres.

Messieurs les membres et responsables d’Europe, c’est à votre solidarité et votre gentillesse que nous vous appelons au secours en Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, aidez-nous, nous avons des problèmes et quelques manques de droits de l’enfant. Au niveau des problèmes, nous avons : la guerre, la maladie, la nourriture, etc. Quant aux droits de l’enfant, c’est en Afrique, surtout en Guinée, nous avons des écoles, mais un grand manque d’éducation et d’enseignement ; sauf dans les écoles privées, qu’on peut avoir une bonne éducation et un bon enseignement, mais il faut une forte somme d’argent, et nous nos parents sont pauvres. La ( ?) c’est de nous nourrir, ensuite nous avons des Ecoles de sports telles que football, basket ( ?), etc. Donc dans ce cas, nous les Africains, surtout les enfants et jeunes Africains, nous vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l’Afrique, pour qu’il soit progressé. Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et mettre fin à la guerre en Afrique. Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique.

Enfin, nous vous supplions de nous excuser très très fort d’oser vous écrire cette lettre en tant que vous les grands personnages à qui nous devons beaucoup de respect.

Et n’oubliez pas que c’est à vous que nous devons plaigner ( ?) la faiblesse de notre force en Afrique. »

Yoguine et Fodé embarquèrent, la lettre précieusement gardée dans le renfort d’une poche. Ils moururent tous deux au-dessus des nuages, quelque part entre Conakry et Bruxelles, prostrés dans le train d’atterrissage d’un avion.

Mais aujourd’hui, sincèrement, qui s’en soucie encore... ?

Ecrivez-moi...

 

 

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