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novembre 2000

Alain le Dunois... [page 1/3]

 

Alain Le Dunois, sculpteur autodidacte, Compagnon charpentier, a posé son baluchon il y a plus d’un an en Auvergne avec un leitmotiv : sculpter. Installé au bord des carrières de Volvic, il dispose d’une matière première nécessaire à la réalisation de ses activités artistiques. Malgré l’adage « pour vivre heureux et tranquille, vivons retirés », Alain Le Dunois accepte de nous faire partager un peu de sa vie, de ses motivations.
rencontre…

Carré d’Herbe : Alain Le Dunois, qu’est-ce qui pousse un homme de quarante ans, qui a l’air accompli et reconnu dans son travail, à venir s’enterrer dans une carrière en Auvergne ? 

Alain Le Dunois : Avant de m’installer en Auvergne, j’ai essayé de faire valoir mon travail et mes capacités dans ce domaine socialement rentabilisé qu’est la charpente, et j’en ai tout simplement eu assez de passer pour un âne aux yeux de ceux qui se sucraient sur mon dos.
A la suite de cela, j’ai laissé tomber petit à petit, et je me suis retrouvé dans une période de transition ; malgré tout, mon métier de charpentier est toujours resté présent : c’est quand même à travers lui  que j’ai fait mes armes dans le volume ! 


Un début de sculpture

CdH : Peut-on dire qu’il manquait un côté artistique dans ton métier pour que tu en sois pleinement satisfait ? 

ALD : Mes aptitudes artistiques, si tu veux, ont toujours été latentes. Quand j’ai commencé dans la charpente, j’avais tendance à « artistiser » mon travail, c’est-à-dire à le fignoler à l’extrême. Au début cela m’a porté préjudice, parce qu’au niveau de la rentabilité…
Alors on me cassait ; j’étais la « coterie millimètre », le « pinailleur »…
Puis je me suis adapté, et la deuxième phase de l’apprentissage de mon métier a été de mettre un peu de côté l’art, et de rentabiliser mon travail ; il a fallu faire un compromis...
Cette période vient de se terminer. Je me suis rendu compte qu’essayer d’associer l’art et le boulot de charpentier n’est plus possible à l’heure actuelle. 


Une pierre en cours de dégagement

CdH : Mais le boulot dont tu parles est quand même très technique et très utile, contrairement à l’art qui, d’un point de vue strictement matériel, est plutôt inutile ! Avant, tu faisais des toitures… 

ALD : Oui, mais personne n’achètera une charpente complète pour faire joli dans son salon ! Et quoi qu’il arrive, tu ne pourras pas la vendre au prix d’une œuvre d’art… il me faudrait faire peut-être vingt charpentes pour arriver à la valeur d’une œuvre d’art !
Je ne sais pas ce que la sculpture pourra valoir au niveau financier, mais mon but premier est de passer du temps jusqu’à la fin de mes jours ; j’ai de toute façon confiance, et je sais que je ne crèverais pas de faim. Malgré toutes les galères que j’ai pu vivre jusqu’à présent, je n’ai jamais crevé de faim…
Dans la même philosophie, je fais ce qui me plaît maintenant. 

CdH : Ce n’est pas la première fois que je t’entends dire que tu as décidé de t’installer là et de sculpter pour passer le temps… 

ALD : Oui, parce que c’est ça ! C’est mon but final maintenant : passer mon temps agréablement, à faire des choses qui me plaisent ; je vais sculpter, parce que ça va me permettre de m’exprimer… et j’ai envie de causer, j’ai plein de trucs à dire !
Le temps que tu peux passer seul, c’est autant de temps que tu passes à emmagasiner des choses, tu sais, dans ton grenier… prêtes à dire !
Moi, je ne peux les dire que par le biais de la sculpture, maintenant ; les mots ne sont plus aptes. Ce que j’ai à dire, c’est du sentiment, c’est du…

CdH : …du ressentiment ? 

ALD : Le mien, oui… et celui des autres : je peux constater que certains sentiments sont agréables ou désagréables chez les autres, et en fonction d’une multitude je peux le symboliser par une pièce concrète. Cela s’est fait de tout temps, pour symboliser la victoire, pour symboliser la force, pour symboliser la haine… je vais faire pareil, mais en mettant en œuvre mes symboles ; et mes symboles seront, je pense, appropriés aux yeux lecteurs de mes contemporains, qui ont une évolution autre que celle des gens qui voyaient du rodin, quand rodin pondait ses rodins… 


La grue à main de l'atelier
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